Elle et lui...
Vous croyiez que l'histoire était finie? Moi aussi mais les revoilà.
Elle, c'est Angèle qui passe l'hiver dans cette maison de retraite où certaines personnes ont oublié son existence. Lui c'est Alphonse (il m'a enfin dit son prénom). Pour lui, seul dans sa maison, l'hiver s'écoule, long, long,...
Alors, tout spécialement pour ceux qui aiment les histoires qui finissent bien, voilà la suite et une lueur d'espoir dans un monde triste...
Elle regarde toujours par la fenêtre. Que ferait-elle d'autre? Avant, elle lisait mais maintenant ses yeux l'ont un peu lâchée et lire lui demande trop d'efforts. Si seulement elle avait la télévision...
L'hiver est bien avancé. Plus de traces de l'écureuil. Il doit dormir, bien au chaud dans son nid, se réveillant de temps en temps pour déguster une noisette.
Les merles sont maintenant sa seule distraction. Ils viennent manger les miettes de pain et les croûtes de fromage que certains pensionnaires déposent sur les appuis de fenêtre. Elle, sa fenêtre ne s'ouvre pas! Dès fois qu'elle voudrait sauter dans le vide! Comme si elle en aurait le courage!
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Il est toujours assis dans son fauteuil, il regarde le chat du voisin qui traverse la pelouse et salit le manteau blanc laissé la nuit passée par cet hiver qui n'en finit pas.
Il se lève. Il n'en peut plus de rester assis. Il va se dégourdir les jambes, ces pauvres jambes qui le portent avec difficulté. Il fait quelques pas et s'affale sur le plancher. Ses jambes ont fléchi et le voilà étendu de tout son long, incapable de se relever.
Les heures passent. La nuit passe. Il a froid, il ne peut même pas atteindre le téléphone. On sonne à la porte, ça doit être le facteur. Il crie de toutes ses forces : "Au secours, aidez-moi". Le facteur est reparti, l'a-t-il entendu?
Peu de temps après, il entend un grand fracas. Ca vient de l'entrée, on a dû enfoncer la porte. Pourvu que ce ne soient pas des voleurs.
Mais c'est le facteur qui entre avec le médecin qu'il est parti chercher.
- Alphonse, cette fois, c'en est trop! Vous ne pouvez plus rester seul! dit le médecin. Je vous emmène dans une maison de retraite. Une place s'est libérée à " La Reposée", je vous y emmène.
- Une place s'est libérée! Vous voulez dire que quelqu'un a rendu l'âme docteur? Quelle chance pour moi! Mais je ne veux pas y aller dans votre Reposée, on y meurt, docteur! On y meurt sans personne à vos côtés!
- Ici aussi vous mourrez, Alphonse, et beaucoup plus seul que là-bas! Allez, ne faites pas l'enfant, je vous y emmène!
Alphonse se fâche. Il ne veut pas quitter la maison où il a vécu avec Adeline. Son âme ne le suivra pas jusque là-bas!
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Angèle entend du bruit dans la chambre d'à côté. Sa voisine, Berthe, est décédée la semaine dernière. Il y a donc quelqu'un qui emménage à sa place. Un homme! Angèle l'entend. Il crie comme un putois! Quel caractère! Il crie son désespoir, son refus d'être enfermé comme un animal! Il l'agace!
Voilà maintenant des heures qu'il se démène! Des heures que ses cris agacent Angèle! Elle va lui dire deux mots! Il va voir qui est sa voisine! Ils auront vite fait connaissance.
Angèle se lève, ses jambes la portent assez facilement. Elle frappe à la porte de ce voisin bien trop bruyant. Il se tait, attend de voir l'intruse.
-Non mais dites donc, commence-t-elle, avant de voir la figure ravagée par les larmes de ce vieil homme. Elle se tait, elle s'approche. Il est assis dans un fauteuil, une photo jaunie sur les genoux. Angèle jette un coup d'oeil. Un couple, tout jeune, heureux, ravissant, lui sourit.
Elle fond. Elle oublie pourquoi elle était venue dans la chambre. Alphonse lève les yeux vers la vieille dame. Il trouve qu'elle ressemble à Adeline mais probablement n'est-ce que le fruit de son imagination. Les larmes cessent de couler.
- Vous voulez vous asseoir? demande-t-il plein d'espoir.
- Bien sûr, répond Angèle, je suis venue vous tenir compagnie. Vous voulez bien?
- Et comment, répond-il en avançant une chaise vers la fenêtre.
Angèle s'assied. Elle regarde par la fenêtre. Elle n'avait pas remarqué que la neige commençait à fondre.
Alphonse retourne la photo d'Adeline sur la table, il regarde par la fenêtre. Dans le vieil arbre, au bout du parc, il lui semble qu'un écureuil montre le bout de son nez.
Dans le parc, les premiers bourgeons s'ouvrent. Les premiers signes d'un printemps tout proche. Les hirondelles ne vont plus tarder.
- Vous permettez que je vous appelle Adeline, demande le vieil homme à la femme assise à ses côtés?
- Bien sûr, s'empresse-t-elle de répondre. Adeline c'est mieux que "elle", non? Et elle lui tend la main...

La citation du jour : Aimer c'est regarder ensemble dans la même direction.
Petit ajout : Même si Cerise me dit d'arrêter de dire merci, je ne l'écouterai pas et je vous dis à tous et toutes qui êtes passés par ici ou chez Maxi : MERCI mille fois MERCI pour le témoignage de votre amitié.
A ceux que je ne connais pas encore et qui m'ont laissé un commentaire : je passerai vous voir mais je ne peux me rendre partout à la fois. Donc merci et à bientôt.
PS Je vous ai trouvés bien indulgents à mon égard!