Ecrire un roman (2)
Pourquoi écrit-on des romans?
Hier, je vous ai présenté le livre de Danièle Sallenave qui essayait de répondre à la question, de manière très agréable.
Le deuxième livre sur le sujet est nettement moins agréable à lire.
Xavier Deutsch ! Je n'ai pas aimé "Les garçons". Vous le savez, si vous me suivez.
Je voulais alors savoir ce qu'il pensait de la littérature. Aussi, je n'ai pas hésité à lire son essai "De l'air".
Le petit texte que vous ne pouvez sans doute pas lire sur la couverture dit ceci : "Petit manifeste à propos de l'écriture littéraire, des romans, de l'engagement et de ce qui touche au monde du papier de soie, à 'l'usage de ceux qui ne se résignent pas à voir la littérature sombrer dans sa crevasse, et sont prêts à la retrouver dans le maquis.
Le ton est donné! Xavier Deutsch s'insurge contre ce qui n'est pas, selon lui, de la littérature mais un compte rendu de la vision qu'a l'auteur du monde qui l'entoure.
Il faut, selon lui, distinguer la littérature d'expression où l'auteur est présent, où il exprime sa façon de voir, de penser et la littérature de création où l'auteur laisse à son texte "de l'air et de la liberté". Il va loin en prétendant que Sartre, Ionesco, Camus, ne sont pas des écrivains puisqu'ils défendent des thèses.
- Ce que je déplore dans le domaine contemporain de l'écriture de fiction, c'est la toute présence de l'auteur au milieu de ses livres, et à leur détriment.
Un auteur relevant de l'écriture d'expression est le plus présent possible, c'est normal : un sociologue rédigeant un traité expose sa pensée. Mais un auteur littéraire doit être le plus absent possible. Il a prêté la main au livre qui devait émerger, puis il s'éloigne.
- On ne peut écrire qu'au moyen de ce qui se trouve à l'intérieur de soi : cela ne signifie pas que l'on parle de soi en écrivant.
- L'intelligence est précieuse, et nous serions tous coupables infiniment de ne pas la cultiver. Mais ne le demandons pas à la littérature : ce n'est pas son travail.
Xavier Deutsch parle souvent par images et il n'est pas aisé de le suivre dans ce domaine :
- La littérature est comme un grand verre d'eau bleue avec un éclat du soleil tombé dedans : on le reçoit, on l'absorbe, cela nous hydrate, nous allume, et fait de nous un humain. C'est du ruban de matière que l'auteur a retiré de soi, mais qui n'est pas l'auteur. Du langage, autonome et lumineux. (Je donnerai cette définition à mes élèves, tiens!)
Il parle aussi de "beaux jardins où s'allument de hautes étoiles", de "lanternes et de sources d'eau bleue".
Je le rejoins sur un plan et un plan seulement :
- Lorsque j'entame l'écriture d'un roman, je vois d'où partent les choses, mais je n'ai pas la moindre idée de la manière dont l'histoire va se développer, et à fortiori pas la moindre idée de la manière dont elle va se terminer. Le livre ira dans la direction qui sera la bonne pour lui. Je ne sais pas où va l'histoire. Mais l'histoire, elle, le sait.
Bon, je dois dire que Xavier Deutsch ne m'a pas trop convaincu du bien-fondé de ses opinions pas plus que je ne l'avais rejoint dans "Les garçons" mais "Je ne me formalise jamais d'entendre un lecteur me dire que mon roman l'a laissé de glace, ou l'a ennuyé" alors, tout va bien.
La citation du jour : Un lecteur, pour moi, c'est celui qui s'est approché d'un de ces jardins qu'on appelle "texte littéraire". (Xavier Deutsch)